Avant de commencer, je tiens à préciser que ce post ne sera pas une diatribe contre les institutions qui gèrent le statut ( l’URSSAF ou le Centre des Impôts). D’ailleurs, les interlocuteurs de ces organismes font preuve de beaucoup de bonne volonté et cherchent les solutions les mieux adaptées pour chacun. Ils sont eux aussi victimes d’un certain manque d’informations sur le sujet.
Auto-entrepreneur, sur le papier c’est une idée séduisante et sympathique. On devient son patron, on ne paie des charges que lorsque l’on gagne de l’argent, bref le statut idéal pour tous ceux qui veulent débuter une activité ou compléter un revenu…
Et c’est là que je dis ATTENTION, si ce statut est bien adapté aux personnes qui veulent exercer une activité complémentaire en plus d’un poste fixe, pour tous ceux qui veulent créer une activité, ce statut peut vite devenir un piège pour deux principales raisons :
1) Lors de début d’activité, le revenu de l’année sera calculé au prorata. Il ne s’agira pas de diviser sur 12 mois, mais d’établir une valeur moyenne et de multiplier cette valeur. Où est le piège alors? Voici un cas de figure plus concret :
vous signez un contrat pour une prestation de 3100 euros : pour le réaliser vous opter pour le statut d’auto entrepreneur que vous débutez au 1er décembre. Vous réalisez le travail, émettez donc une facture au mois de décembre, vous remplissez ensuite une déclaration à l’URSSAF comme convenu dans le statut. Là vous vous dites, 3100 euros je suis loin des limites, je vais être tranquille pour l’année prochaine pas de soucis… Et bien non vous recevrez plus tard une lettre qui vous annonce que vous êtes radié du statut du fait du calcul au prorata (3100*12) . Selon le degré de débordement de votre centre URSSAF (dû succès de ce statut), vous serez informé dans les trois ou quatre mois suivant votre déclaration. Autrement dit, vous vous retrouverez au mois de mars, avec l’obligation de changer de statut (charges beaucoup plus lourdes), collecter la TVA… et ce rétroactivement à compter du 1er janvier de l’année de la radiation. Si dans l’intervalle vous avez émis des factures, vous n’aurez en général pas de problème pour refacturer la TVA, par contre le différentiel de charges sera pour votre poche (sauf clients exceptionnellement compréhensifs).
Et si en plus vous étiez bénéficiaire de l’aide au retour à l’emploi (ACRE), sachez que les abattements de charges accordés pour les 3 premières années seront eux aussi supprimés.
2 ) Devenir autoentrepreneur, c’est se lancer dans le monde de la précarité. Je trouve cela inquiétant que le pôle emploi incite à ce statut, notamment pour des personnes à revenus modestes. Créer son emploi, c’est gratifiant, mais il ne faut pas oublier lorsqu’on exerce en tant qu’auto-entrepreneur, on ne cotise pas à l’assurance chômage donc si l’affaire ne tourne pas, c’est aucune rentrée d’argent… Même chose en cas de maladie, il n’y aura plus de revenus. Bref, c’est une décision lourde de conséquences pour sa vie professionnelle et personnelle et elle ne devrait pas se prendre sur un coup de tête ou suite à une incitation extérieure.
Dans une volonté de réforme rapide on a sorti un statut bancal qui ne correspond réellement qu’aux personnes qui ont besoin d’un revenu de complément. L’idée de départ était bonne, mais les dispositifs de mise en place sont un peu trop limite pour convenir au plus grand nombre.
En guise de conclusion, je dirais tout de même que nous avons la chance de vivre dans un pays qui offre une couverture sociale (encore) digne de ce nom, mais qu’en contrepartie les charges pesant sur le travail sont lourdes. Pour l’heure elles sont irremplaçables et si vous voulez vous lancer, tenez-en compte dés le début cela vous évitera bien des déboires.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire, c'est seulement maintenant que je découvre Stephen King. Après avoir dévoré la ligne verte, je me suis lancé dans la quête de Roland Deschain, et pour l'instant je ne regrette pas (j'en suis au tome5 / 7).